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NUMERIQUE SANTE

Recherche sur les usages numériques en santé et dans les pratiques d'éducation thérapeutique

SANTE, NUMERIQUE et TERRITOIRES

Publié le 25 Octobre 2013 par Géraldine GOULINET in e sante et e patients, a la une

http://www.iledefrance.fr/agenda/colloque-sante-numerique-territoires

http://www.iledefrance.fr/agenda/colloque-sante-numerique-territoires

Le 11 octobre dernier, l'hémicycle du Conseil Régional d'Ile de France est devenu le lieu d'échanges autour de trois grands thèmes d'actualité santé : les figures du e-patient, les promesses du digital sur la prévention et la dépendance, le défi contre les inégalités territoriales.

Retour sur les principales tendances dégagées des tables rondes.

La e santé est porteuse de nombreuses transformations tant au niveau des changements encourus sur les usages et les pratiques des utilisateurs, que l’on se positionne du côté du patient ou du professionnel, au niveau de l’écosystème de la santé sous l’angle de l’innovation ou sous le prisme de la prévalence croissante des maladies chroniques et du vieillissement de la population.

Avec la décentralisation, les territoires ont été dotés de compétences nouvelles afin de répondre au mieux et au plus près aux besoins des usagers. La santé, comme état de bien être physique, psychique et social devient de plus en plus l’interface des politiques publiques sur laquelle se greffe au fur et à mesure les orientations en matière d’emploi, d’urbanisme, d’environnement, de développement économique.

Le numérique en devient le vecteur d’application, de part ses potentialités technologiques de mise en réseau (transmission et partage d’information) de stockage et d’exploitation de données (data), d’interaction homme machine (web collaboratif).

L’application au domaine de la santé a modifié considérablement la relation médecin-patient, faisant du numérique, un objet de médiation au sens médiateur et médiatique.

SANTE, NUMERIQUE et TERRITOIRES

Le E patient

Contexte de la table ronde : Avant et après la prescription, les patients deviennent de plus en plus des e-patients avec de nouveaux usages induits par les nouvelles technologies web et mobiles. Comment appréhender ces nouvelles pratiques ? Comment accompagner ces nouveaux usages ? Comment fiabiliser les informations fournies ? L’open-data, l’évaluation des établissements et des professionnels font également leur apparition dans le domaine de la santé. Quels sont les enjeux de ces nouvelles possibilités et des ces nouvelles pratiques ?

SANTE, NUMERIQUE et TERRITOIRES

La figure du e-patient illustre les capacités de médiation et de médiatisation de l’outil internet comme source de négociation, de communication interpersonnelle et de lien social opéré sur la toile.

Le e-patient[1], acteur de sa santé entretient avec les TIC un rapport à la fois individuel et collectif, corporel et numérique qui le caractérise, comme le souligne Maurice Ronai, comme une donnée (data) profilée et digitalisée par le code et une identité au sens psychosocial du terme. L’intervention de Giovanna Marsico sur les communautés virtuelles de patients témoigne de la place qu’occupent aujourd’hui les « pairs » dans la relation discursive sur le net,à la fois canal médiatique et objet de médiation (relationnel, transitionnel, transformationnel)[2].

Le partage et les échanges autours des savoirs expérientiels, des thérapeutiques favorisent l’acquisition des compétences de surveillance et d’auto-soins du patient, avant profane et qui, aujourd’hui, développe des expertises au même titre que les savoirs académiques des professionnels. Faut ilavoir peur d’une asymétrie inversée en faveur du patient face au médecin ? Faut il redouter l’ancrage de nouvelles inégalités au sein des patients en fonction de l’accès à la technologie ? Faut il craindre de déshumaniser la relation thérapeutique d’un e-patient face à un Dr Google ?

A ces questions posées, Pascal Staccini et les autres intervenants mettent la lumière sur plusieurs recommandations :

- la nécessité d’accompagner le patient dans sa navigation sur le web afin de mieux appréhender ses besoins et ses usages. Les e-patients se sont emparés immédiatement des outils numériques, tant la santé fait partie de leur vie.

- favoriser la démocratisation d’une litératie[3] numérique auprès des professionnels de santé, encore trop souvent réticents. Ce n’est pas l’accessibilité aux équipements qui pose aujourd’hui problème. La fracture est plus d’ordre idéologique et sociale que technique. Au delà de l’analyse sémantique des sites, il faut organiser une éducation à l’usage des outils, socle d’apprentissage pour mieux se les approprier et les réguler.

En faisant du professionnel de santé le navigateur, l’accompagnateur au sein de la toile, il se voit confier de nouvelles fonctions référentielles qui le place dans un rapport plus pédagogique que paternaliste.

Ce que Jacques Lucas, président du CNOM rappelera lors de la dernière conférence en indiquant qu’ « aujourd’hui Hippocrate aurait un blog et échangerait sur les réseaux sociaux».

- la capacité de passer d’un système de soins à un système de santé s’illustrera dans l’aptitude à mobiliser le numérique dans une médecine de plus en plus prédictive. Les datas autant que les usages doivent être, dans ce cas, au centre de cette nouvelle approche.

Cette dernière constatation permet de rebondir aisément sur les échanges et les discussions qui ont animés la deuxième table ronde consacrée au thème « Prévention et dépendance : les réponses du digital ».

[1] L’invention du terme «e-patients » a été définie par Tom Ferguson pour décrire les personnes qui sont équipés, permis, autorisé et engagés dans leurs décisions de soins de santé et de santé. Son approche de la médecine participative est un modèle de soins et de santé structuré autour d’un partenariat à parts égales entre les e-patients, les professionnels et les systèmes qui les sous-tendent.

[2] Les fonctions médiatrices de l’objet : objet médiateur, objet de relation, objet de transformation http://theses.univlyon2.fr/documents/getpart.php?id=lyon2.2010.rey_b&part=286858

[3] FASTREZ, Pierre. Quelles compétences le concept de littératie médiatique englobe-t-il? Une proposition de définition matricielle. Recherches en communication, 2011, vol. 33, no 33, p. 35-52.http://sites.uclouvain.be/rec/index.php/rec/article/viewFile/7444/6354

Prévention et dépendance : les réponses du digital

Contexte de la table ronde : Les nouvelles technologies proposent chaque jour de nouvelles applications aux professionnels de santé, mais aussi aux patients. Entre vies sauvées et encouragement à l’hypocondrie, quels sont les premiers impacts du quantified-self ?Quels sont les enjeux pour la prévention ? Quels sont les enjeux pour les soignants ? Le digital donne-t-il des réponses aux situations de dépendance ?. Cette question concerne de plus en plus nos territoires qui doivent trouver des réponses adaptées au vieillissement de la population et aux personnes en situation de handicap.

SANTE, NUMERIQUE et TERRITOIRES
SANTE, NUMERIQUE et TERRITOIRES

La question des technologies mobiles au service de la santé, facteur de maintien à domicile ou d’hospitalisation ambulatoire, est de plus en plus prégnante, notamment avec le développement des maladies chroniques et le vieillissement des populations. Les promesses du « quantified self », proposées à travers l’internet des objets apparaissent en effet, comme un défi technologique, économique et social.

La démonstration des prouesses technologiques par Jean-Luc Herant autour du textile connecté et ses intérêts pour la prise en charge des maladies chroniques interpelle Christophe Lorieux qui constate une nette différence de la culture de l’innovation entre les USA et la France.

La forte appropriation par le secteur industriel du monde de la santé remplace les moyens traditionnels de soigner par les TIC, se réclamant de ne vouloir en aucun cas, se substituer à la pratique médicale. En France, la posture entrepreneuriale est encore trop peu centrée sur l’utilisateur final. Tous les leviers d’investissement sont confiés aux acteurs traditionnels "pour optimiser ce qu’ils font déjà, sans véritablement penser innovation".

Or, la prévention, l’autonomie et la dépendance sont des sujets importants qui méritent d’être réfléchis de manière globale et dans un cadre d’interopérabilité permettant de modifier l’écosystème de masse. Ce qui, aujourd’hui, constate Chritophe Lorieux, est encore loin de la réalité.[1]

En France, les barrières culturelles et tehnologiques doivent êtres des atouts pour axer la R&D sur l’utilisateur final. L’offre de solutions faciles d’utilisation avec un design et une ergonomie adaptée aux capacités des individus, notamment les personnes âgées peu devenir un facteur de maintien à domicile et d’amélioration de la qualité de vie. En capitalisant sur le lien social et l’intergénérationnel, notamment autour des personnes âgées, « la e-santé doit nous permettre d’entre encore plus égalitaire vis à vis de la santé » affirme Charlotte Brun. Les TIC comme levier à l’autonomie, c’est, pour cette jeune élue, aux collectivités de prendre l’attache de ces questions et d’en favoriser son déploiement.

En conclusion de cette table ronde, les intervenants dressent le constat suivant :

  • les promesses du quantified-self sont un levier à l’autonomie des maladies chroniques comme des personnes âgées dans la mesure où ces objets connectés sont utiles pour l’amélioration de la qualité de vie, qu’ils ont été pensés pour répondre aux besoins de l’utilisateur final et qu’ils s’inscrivent dans un processus de surveillance et de suivi, en lien avec le professionnel de santé.
  • Si le marché américain du quantified-self explose avec une offre « commerciale » qui est d’ailleurs contestable pour notre modèle de santé (exploitation des données de santé, développement de solutions « gadgets »), la frilosité française des institutionnels creuse une santé en « silo »[2], alors qu’une démarche transversale et mutualisée, entre les industriels et les professionnels de santé, serait l’occasion de créer une valeur ajoutée pour asseoir les démarches d’innovation et permettre un accès au numérique par tous, dans le cadre d’un parcours de santé.
  • En reconsidérant la mobilisation humaine, au cœur des territoires pour pousser à la création d’outils numériques afin qu’ils rendent service, il est important de se (re)questionner sur ce que l’humain peut faire pour le numérique. Les dispositifs doivent se concevoir comme un vecteur de médiation thérapeutique et sociale, notamment avec les associations d’aide à domicile et non seulement comme un outil technologique dénué de sens.

L'idée reçue que le numérique déshumanise ou qu’il supprime des emplois ouvre le débat de la troisième table ronde.

[1] La e-santé décolle aux USA. Ce n'est pas encore le cas en France...

http://billaut.typepad.com/jm/2012/08/la-e-sant%C3%A9-decolle-aux-usa-ce-nest-pas-encore-le-cas-en-france.html

[2] Soins de premier recours, secteurs sanitaire et médico-social sont les trois étapes traditionnelles du système de santé français actuel. Gérées en silos, selon leur logique propre, ces trois étapes parcellisées posent aujourd’hui des problèmes en termes de transversalité, de fonctionnement et de financement des soins. http://dviews.deloitte-france.fr/societe/parcours-de-sante-une-revolution-dans-le-systeme-de-soins

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Sante numérique contre inégalités territoriales

Contexte de la table ronde : Dans certaines régions, la désertification médicale est une réalité douloureuse. Ces inégalités s’expriment aussi souvent à l’intérieur d’un même territoire, elles sont également sociales et culturelles. Comment le numérique peut-il être une partie de la réponse à la lutte contre les inégalités devant la santé ?. Quelles sont les perspectives digitales qui s’ouvrent déjà en termes de diagnostic, de traitement, de rationalisation et de partage des pratiques médicales

L’intervention de Guy Mamou-Mani de Syntec Numérique, chambre des métiers du numérique, précise l’action de cette structure, chargée de travailler en commission sur les questions de e éducation, e santé, modernisation de la ville, de l’état. La publication de livres blancs visant à démontrer l’intérêt médico économique du numérique dans l’organisation des soins, assure qu’aujourd’hui ce dernier « est un outil de protection de notre système de soins »

Les changements opérés sur le modèle économique, l’amélioration de l’observance autour des maladies chroniques et des nouveaux usages, la nouvelle sociabilité de la relation médecin-patient ouvre des perspectives de (ré)humanisation des territoires et de (re)configuration dans la gestion des territoires. L’expérience présentée par Franck Baudino, médecin et concepteur de cabines médicales « Consulte Stations » en zones rurales est l’illustration d’un nouveau type de lien entre les patients et les médecins. La consultation médicale à distance ne supprime en rien le savoir-faire des professionnels et les capacités de coordination. Au contraire, elle permet de mieux « mailler » les relations avec les pompiers, samu, hôpitaux, médecins de campagnes et associations de patients, selon les normes réglementaires en vigueur et les recommandations visant le suivi du parcours de soins et de santé du patient.

En prenant support sur la médecine de proximité, à l’aide d’une technologique qui s’appui sur un programme de santé et non l’inverse, dans un circuit balisé et une organisation coordonnée, cette nouvelle forme de télémédecine redessine les frontières du territoire en luttant d’une part contre la désertification médicale et maintenant d’autre part l’activité économique et sociale de zones en danger.

L’autre point ouvre le débat sur les questions de l’open data. Or, si la question de la protection et la sécurisation des données de santé doivent être « éthiquement » réfléchie pour éviter les déviances commerciales, elles sont une manne pour la recherche publique et la gestion d’une santé plus prédictive que préventive comme elle est aujourd’hui.

En s’ouvrant sur une médecine personnalisée, en fonction des facteurs environnementaux, le patient n’est plus seulement segmenté comme une personne malade mais comme un individu social et (ré)intégré dans son environnement. Avec ce changement de paradigme, les pouvoirs publiques réinvestissent la santé au cœur de leurs politiques en faveur de l’emploi, de l’éducation, d’urbanisme, social, économique.

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