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NUMERIQUE SANTE

Recherche sur les usages numériques en santé et dans les pratiques d'éducation thérapeutique

« On n’a jamais été aussi proche de la disparition du corps humain"

Publié le 9 Septembre 2015 par Géraldine GOULINET in a la une

« On n’a jamais été aussi proche de la disparition du corps humain"

Le transhumanisme signe-t-il la fin de notre corporéité et de notre humanité ?

Vaste débat philosophique...mais d'abord commençons par l'essentiel : le transhumanisme. Comment le définir ? Est-ce seulement un concept philosophique nourri de l'univers de la science fiction ou façonne-t-il notre réalité d'aujourd'hui et de demain ?

Véritable mouvement international contemporain promouvant la transformation et l'amélioration de l'Homme par les technologies, ce terme a semble-t-il été employé pour la première fois par le biologiste Julian Huxley, frère d'Aldous Huxley, puis repris en particulier en 1989 par Fereidoun M. Esfandiary (FM-2030) dans son ouvrage Are You a Transhuman ?

Dans sa conception première, le transhumanisme désigne la phase intermédiaire précédant la transformation de l'Homme par les technosciences. Aujourd'hui, le transhumanisme se fonde sur le déterminisme technologique en considérant que "l’humain est en constante évolution et non un être stable" et ce, en raison des NNBIC - Nano et Bio technologies, sciences Cognitives et de l’Information comme de sa volonté propre à vouloir accroître son espérance de vie en bonne santé, à développer ses facultés cognitives et sensorimotrices, mais aussi à se rendre plus apte à jouir de sa liberté et du bonheur au sein d’une vie sociale plus harmonieuse. (Marc Roux, 2013).

D'un point de vue éthique et philosophique cette vision reflète "un désir mortifère d'immortalité" que Jean-Michel Besnier, professeur de philosophie à l'université Paris-Sorbonne (Paris IV) critique en rappelant notamment que dans cette approche « il manque la vision spirituelle de l’être humain. Nous ne sommes pas juste des containers à gènes »...

Le corps transhumain sera-il un être humain ?

En fait, je trouve intéressant de revenir à la notion de corporéité pour élargir ce débat afin qu'il ne soit pas uniquement philosophico-éthico centré.

Selon le Centre National des ressources textuelles et lexicales (CNRTL), la corporéité renvoie au caractère de ce qui est corporel, de ce qui a un corps humain, de ce qui est un corps matériel. Derrière cette définition primaire, des nuances sont à relever. Si la physiologie se rapproche d'un cadre conceptuel initial en la désignant comme une perception visuelle capable d'impression de volume, la philosophie quant à elle, insiste sur le rapport du corps et de l'âme. Par ailleurs, l'approche ethno-sociologie renvoie la corporéité comme un objet social dans lequel les transformations, déconstructions-reconstructions sont instituées par une société agissante sur les fonctions modales assignées au corps (corps outil/corps producteur).

Malgré les différentes acceptions exprimées selon les disciplines, la corporéité demeure un "tout de l'homme" assignée autant par ses fonctionalités physiologiques que par sa subjectivité humaine et ses comportements sociaux .
Selon cette logique, le transhumanisme ne signerait pas la fin de notre corporéité mais en transformerait seulement la forme...

Le transhumanisme sera-t-il humaniste ?

La question maintenant est de savoir si, elle invoquerait la fin de notre humanité.

Ramenée au sens "corporel" du terme, cela signifierait la disparition des hommes du genre humain qui ne soient pas "augmentés". Dans ce cas, serons nous encore des êtres humains si notre humanité est technologiquement modifiée ?.

L'autre question centrale vise à savoir si l'intelligence artificielle proposée par le transhumanisme permettra de conserver, voire d'optimiser notre humanité c'est-à-dire "le caractère, le comportement singulier d'une personne qui manifeste pleinement son appartenance au genre humain" dans une esprit "humaniste". Le « connais-toi toi-même » proposé par Socrate comme toute pensée mettant au premier plan de ses préoccupations la connaissance de l’Homme et de le souci de développer les qualités essentielles de l'être humain interroge sur la manière dont le couple homme/machine va gérer cette nouvelle altérité et (re)définir le personnalisme comme la singularité de l'un et de l'autre.

Sources documentaires :

BESNIER, Jean-Michel. « D’un désir mortifère d’immortalité. À propos du transhumanisme ». Cités. 3 octobre 2013. Vol. n° 55, n° 3, pp. 13‑23.

Duret, C. (2014). Technocorps: La sociologie du corps à l’épreuve des nouvelles technologies. Canadian Journal of Communication, 39(3).

Bateman, S., & Gayon, J. (2012). L’amélioration humaine: Trois usages, trois enjeux. médecine/sciences, 10(28), 887-891.

Références internet :

http://www.inriality.fr/sante/transhumanisme/debat/quest-ce-que-le-transhumanisme/

http://www.integralestechnologies.fr/transhumanisme-et-singularite-quel-est-le-rapport/

http://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-01146997/document

http://www.jstor.org/stable/40690273?seq=10#page_scan_tab_contents

http://larepubliquedeslivres.com/jusquou-les-transhumanistes-augmenteront-ils-lhumain/

http://www.franceinter.fr/emission-le-telephone-sonne-transhumanisme-vers-un-etre-humain-augmente

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