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NUMERIQUE SANTE

Recherche sur les usages numériques en santé et dans les pratiques d'éducation thérapeutique

ingéniérie de la rercherche communication

Publié le 20 Février 2013 par Géraldine GOULINET in Etudes et recherche

ingéniérie de la rercherche communication

Communication et temporalités

Analyse d'article :

GUENEAU, Emmanuel et TERRENOIRE, Peggy. Dimensions temporelles des soins au patient - EM|consulte. In : Revue de l’aide soignante. mai 2010, n° 117, pp. 14-15.

Temporalités à l’hôpital

« Le temps ne passe pas », « Que c’est long ! », « Je n’ai pas vu le temps passer », « C’est déjà fini, mais on vient juste de commencer ! » La liste est longue de toutes ces expressions qui nous disent combien le temps s’écoule différemment pour chacun dans le cadre d’une hospitalisation. Et le temps des soins ? Comment harmoniser la perception et les représentations de chacun face au temps ?

En institution hospitalière, contraints par la maladie, les patients doivent s’habituer à un rythme différent et trouver de nouveaux repères. Certains sont impatients, d’autres se trouvent bousculés et les familles sont souvent pressées. Les soignants, quant à eux, doivent effectuer les soins dans une plage horaire donnée, tout en accordant du temps à chacun des patients, aux proches et aux collègues. Face au rythme individuel des soignants et des soignés, à celui des famille, un autre temps se superpose : le temps de l’institution.

Ainsi pour certaines personnes, l’inquiétude qu’elles ressentent les pousse à vouloir encore accélérer les choses. Ne pas attendre représente pour elles une façon de juguler leur angoisse. Les “temps morts” leur sont douloureux. Les moments d’attente sont en effet difficiles à vivre car la personne, inoccupée, se laisse aller à une certaine forme de rêverie et échafaude des scénarios le plus souvent pénibles. La représentation que nous nous faisons des événements traumatiques est toujours plus péjorative que le traumatisme lui-même.

D’autres, en particulier dans les structures de soins de longue durée, se sentent trop souvent bousculées. Tout va trop vite pour elles (pas seulement parce qu’elles sont parfois plus lentes à effectuer certains gestes), comme si l’entrée dans l’état de maladie entraînait inévitablement un phénomène de régression ralentissant même la pensée. Ce sont d’ailleurs ces personnes qui, indépendamment de leur âge, se plaignent de ne pas “arriver à suivre”.

Ces différentes illustrations renvoient indéniablement au rôle social de l’hôpital. Ce que Valérie Carayol a tenté de définir pour comprendre en terme d’organisation, les écarts de perceptions entre le regard du patient et celui du soignant : « L’hôpital est une institution thérapeutique. Comme toutes les autres institutions, l’hôpital est peuplé d’individus occupant des positions asymétriques ; mais, à l’inverse d’autres institutions comme la famille ou l’école, où les relations ne sont asymétriques que pour un temps - l’enfant devient parent, l’élève put devenir maître etc. l’asymétrie demeure souvent permanente dans l’institution thérapeutique. La plupart des individus soignés ne deviendront jamais des membres actifs de ces institutions. »(1)

1. 	CARAYOL, V. La communication hospitalière. In : Communication et organisation [en ligne]. 1970, [Consulté le 22 novembre 2012]. Disponible à l’adresse : http://communicationorganisation.revues.org/2980. 

DISTORSION ou ACCELERATION

Est-ce parce qu’il y a distorsion entre les valeurs institutionnelles qui forgent le fonctionnement hospitalier avec l’accélération sociétale de notre époque moderne que la perception du temps entre soignant et soigné est source de tiraillement et de contraction ?

C’est une des hypothèses soutenues par Eugène Enriquez qui affirme : « qu’à la différence des organisations qui ont pour but la production délimitée, chiffrée et datée, de biens ou de service, et qui se présentent comme contingentes (exemple : une entreprise peut naitre ou mourir sans que cette naissance ou cette disparition comportent des conséquences notables sur la dynamique sociale) les institutions, (...) jouent un rôle essentiel dans la régulation sociale globale. Elles ont, en effet, pour visée première d’aider au maintien ou au renouvellement des forces vives d’une communauté en permettant aux êtres humains d’être capable de vivre d’aimer, travailler, changer, et peut-être créer le monde à leur image. Leur but est d’existence et non de production, de centration sur les rapports humains, sur la trame symbolique et imaginaire dans lesquelles ils s’inscrivent, et non sur les relations économiques ». Centrée sur les rapports humains, l’institution hospitalière tient compte d’un rapport communicationnel différent de celui d’une entreprise. Dans ce système gouverné par les émotions et l’affect, la perception du temps semble plus encore qu’ailleurs trouver des états et des échelles variables en fonction des moments, des actions, des mouvements… d’autant que, pour le patient, l’hospitalisation est un épisode temporel à détacher de son quotidien et que pour les soignants, le patient est « l’outil » de travail et que chaque prise en charge est encadrée d’une relation singulière.

Pris en étau entre des contraintes organisationnelles proches des entreprises où le flux tendu, le zéro délai devient la norme, où se développe un vocabulaire fondé sur la rentabilité, contrôle de gestion et optimisation des coûts, les soignants doivent faire face à la réduction du temps de travail, et à l’attente du patient (attente de soins et de prise en charge, attente d’attention, d’information, de présence…) qui engage les uns et les autres dans une angoisse du temps et de stress quasi permanent.

Ce sentiment que le temps se comprime du côté des soignants renvoie à l’idée d’urgence, d’accélération des changements sociaux, accélération technique et des rythmes de vie comme définie par Harmut ROSA, dans la conception de la hypermodernité : « L’histoire de la modernité est une histoire de l’expérience de l’accélération. L’accélération est caractéristique du développement de la modernité » (2)

2. 	ESCUDIER, A. et HOLTEY, I. Vitesse et existence. La multiplicité des temps historiques. Introduction. In : Trivium. Revue franco-allemande de sciences humaines et sociales-Deutsch-französische Zeitschrift für Geistes-und Sozialwissenschaften [en ligne]. 2011, n° 9. [Consulté le 26 novembre 2012]. Disponible à l’adresse : http://trivium.revues.org/4104. 

ENTRE LUXE et RESISTANCE

Dans ce contexte, prendre le temps est à la fois un luxe et un acte de résistance, modeste, face à l’uniformisation du soin qui pourrait devenir la règle. Les transmissions, les synthèses, les réunions cliniques comme les réunions institutionnelles sont “un temps à penser” d’autant plus indispensable.

Plus encore qu’ailleurs, la perception du temps diffère que l’on soit patient ou soignant, comme le souligne les auteurs de l’article : « Il est indéniable que les contraintes auxquelles nous devons faire face à l’hôpital (restrictions de budgets et de personnels) compriment notre organisation et nous obligent à effectuer des tâches dans un délai qui reste le même » Liées prioritairement aux contraintes organisationnelles vécues du côté des soignants, la perception du temps du côté des patients renvoie quant à elle au récit de leur histoire, aux sentiments, aux états psychologiques et émotionnels, aux relations aux autres et aux enjeux qu’ils y mettent mais aussi au mouvement de l’immobilité à la mobilité, de l’inactivité à l’activité.

Traduit par David Lebreton dans son chapitre « soins à l’hôpital et différences culturelles », le malade, privé de ses repères coutumiers est celui lui « confronté à un univers insolite et à une solitude qui redouble son anxiété, face à la maladie… l’hospitalisation introduit à un lieu et à une durée hors de la familiarité de ceux qui y sont provisoirement accueillis. L’hôpital véhicule en effet une culture savante radicalement en opposition avec ceux que vivent la majorité des acteurs, même s’ils sont français ».(3)

3. 	CAMILLERI, Carmel et COHEN-EMERIQUE, Margalit. Chocs de cultures : concepts et enjeux pratiques de l’interculturel. Paris : L’Harmattan, 1989 p. 165-192

UNE QUESTION DE RELATION

La variabilité du rapport au temps du côté des patients et des soignants est fonction, pour l’auteur « de l’action des protagonistes » au regard de la perception de son intensité, qu’elle soit émotionnelle et/ou fonctionnelle. Et de ce point de vue, la relation au temps s’inscrit obligatoirement dans un processus de communication verbale, non verbale et spatio-temporelle qui, pour être équilibrée se doit d’être de niveau identique entre les deux partenaires qu’il s’agisse du cas d’un patient en état de réanimation, la relation d’une personne âgée avec une infirmière responsable d’une unité d’EHPAD ou de la prise en charge d’un patient greffé…

Aussi la problématique du temps à l’hôpital est bien plus qu’un découpage d’actes, elle « concerne la pertinence de ce qui se passe ou se dit dans un soin afin que ce dernier devient uchronique, c’est à dire un temps privilégié de bien être, un temps en suspend ou lui seul est concerné par la présence, même brève du soignant ». Remettre de l’humanitude dans les pratiques quotidiennes, le temps hospitalier dans la relations soignant soigné ne se séquence pas mais offre, selon les auteurs « l’opportunité de se questionner sur l’éthique là où les équipes ne pensaient plus en trouver ».

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