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NUMERIQUE SANTE

Recherche sur les usages numériques en santé et dans les pratiques d'éducation thérapeutique

ingéniérie de la rercherche communication

Publié le 20 Février 2013 par Géraldine GOULINET in Etudes et recherche

ingéniérie de la rercherche communication

Communication et temporalités

Analyse d'article :

FIEULAINE, N. Temps de l’urgence, temps du projet: La rencontre des Temporalités dans le recours aux soins et à l’aide sociale en situations de précarité. In : Dossiers de la MRIE. 2007, Vol. 15, pp. 41–45.

Rencontre des temporalités en situation de précarité

L’instabilité sociale et économique de nos sociétés actuelles posent la question essentielle de la vulnérabilité et de la précarité ambiante qui pèsent sur les individus de sorte que, la question de la temporalité revient à statuer sur la position de l’homme dans toute sa trajectoire de vie, du passé, du présent et du futur. Comme l’indique l’auteur : « La notion de précarité n’est assimilable ni à l’exclusion, ni à la pauvreté, ni à l’inégalité, mais renvoie bien à des modes d’insertions sociales spécifiques qui ont pour principe d’être instables. Entre hier, aujourd’hui et demain, le statut social aura pu changer trois fois, …. Cette instabilité qui pèse comme une menace peut concerner tous les domaines d’existence. »

Avec cette tentative de définir et modéliser la notion de précarité comme entendu par les sociologues dans le débat public d’aujourd’hui, la question de la temporalité, c’est à dire son inscription dans le parcours de vie d’un individu renvoie fortement aux théories de François Hartog (4) qui cherchent à travers l’articulation du passé/présent/futur à inscrire la question du temps dans l’histoire individuelle et collective des hommes.

4. 	HARTOG, François. Régimes d’historicité : présentisme et expériences du temps. Paris : Éditions du Seuil, 2003. ISBN 2020593289 9782020593281. 

L'INSTABILITE comme NORME SOCIALE

Cette accélération intensive des changements sociaux interpelle sur la capacité d’anticipation et de préfiguration du devenir. Selon l’auteur, la complexité du rapport au temps tient de deux phénomènes : « Si l’instabilité est vécue, c’est qu’elle s’est également établie au niveau d’une part d’un futur anticipé, d’une perception insécurisante de l’avenir et d’autre part des trajectoires biographiques et des ruptures de plus en plus nombreuses qu’elles contiennent ». Ainsi, il apparaît de plus en plus difficiles de visualiser son parcours de vie tant « la possibilité de construire des récits de vie qui se tiennent s’amenuise. Les coups de théâtre se multiplient. Les temporalités contradictoires s’exacerbent". (DeConnick F. 2002).

Un constat qui rappelle la théorie de Michel Mafessoli. En effet, pour lui, la constante improvisation conduit à un paroxysme social tel que le risque de marginalisation heurte l’hégémonie des règles et normes établies au sein d’une organisation. Ainsi, l’auteur s’interroge sur la capacité qu’ont aujourd’hui les professionnels pour coordonner de manière globale et durable les épisodes de vie des individus en rupture sociale afin de mettre en œuvre des actions présentes, au regard d’un passé, et en vue de transformer l’avenir.

Cela renvoie à la notion d’une perpétuelle improvisation de vie nécessitant une adaptation constante des individus confrontés aux changements. Cela ramène également à toutes les propositions faites aujourd’hui de coaching et d’accompagnement au changement proposé à titre individuel ou collectif et qui fait de l’improvisation la règle de vie de tout à chacun.

Néanmoins l’accident dans le parcours de vie, est encore considéré comme une cicatrice à cacher, voire tabou car la précarité induite dans cet espace temporel renvoie inexorablement aux sentiments de vulnérabilité, d’échec social et donc d’exclusion. Face à la figure de l’homme hypermoderne qui fait de l’urgence de vivre son crédo de vie tel que définie notamment par Nicole Aubert, (5) la rupture liée à l’accident de vie (chômage, divorce, maladie) provoque contre son gré une rupture temporelle où la vitesse de vivre n’est plus de rigueur.

5. 	AUBERT, Nicole. L’Individu hypermoderne. ERES. Paris : [diffusion] Cairn.info, 2010. sociologie clinique. ISBN 9782749203126 2749203120. 

VERS DE NOUVELLES FORMES DE PRATIQUES PROFESSIONNELLES

Si ces mises en perspectives temporelles peuvent permettre aux professionnels de l’aide sanitaire et sociale de mieux comprendre les situations de précarité, ce peut être un outil d’intervention, centré sur une reconstruction subjective du passé pour tenter de rééduquer au présent la projection dans l’avenir.

Dans cet esprit, l’action des acteurs sociaux serait de travailler avec l’individu pour transformer les perceptions de son passé et de son avenir, à l’aider à s’adapter aux conditions sociales nouvelles qu’elles génèrent et donc à pérenniser ces changements.

Néanmoins, il faut dans cet esprit distinguer la notion de temporalité individuelle à celle de temporalité sociale au sens sociétal du terme car pour l’auteur « retrouver la maitrise du futur dans un contexte de précarité sociale sans qu’elle n’entraine la remise en cause concrète de cette précarité, ne peut alors passer que par une valorisation sur-adaptive de la prise de risque, seul principe pratique à même de donner une sentiment de contrôle en contexte d’incertitude ».

Ainsi et considérant « l’incohérence », « l’urgence » et « l’aléatoire » comme temporalités légitimes et comme principe sociologique actuel, la question du temps dans l’intervention sociale revient à s’interroger pour l’auteur sur la capacité individuelle et collective de s’adapter à l’instabilité institutionnalisée, de résister face à la déstabilisation des trajectoires sociales, de prévenir et de favoriser l’insertion pour rétablir les bases collectives d’une construction de l’optimisme humain.

Ce projet d’intervention psychosociale par la médiation s’oppose à la théorie de Paul Virilio qui affirme que le temps est un facteur d’incarcération alors qu’il serait ici un support de liberté au présent pour se projeter vers le passé et l’avenir, les conditions de ce présent déterminent – selon l’auteur – cette part de liberté qu’impliquent les perspectives temporelles.

Qu’en conclure ?

Plusieurs aspects essentiels de perception au temps sont identifiés. L’un comme rapport communicationnel entre les individus - la relation au temps s’inscrivant dans une logique psycho sociale, l’autre comme intrinsèquement lié au mouvement et à l’activité, la question de l’urgence ou de l’attente résultant de l’action ou de l’inaction individuelle et collective.

Pour chacun des articles, la notion d’histoire et de parcours de vie revient comme le leitmotiv à la question de la temporalité. Ainsi la perception du temps n’est pas juste une représentation de la perception, elle est un ancrage à l’individu, elle s’inscrit dans son identité pour façonner son devenir.

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